
Épisode 1 : Dreadlocks, spiritualité et message politique
Dans ce premier épisode de Volume, podcast capillaire, zoom sur les Dreadlocks, ces mèches terribles à l’histoire riche et au message fort. D’où viennent elles et comment ont-elles marqué notre paysage capillaire mondial ? Quelle est en la signification ?
Origines
Si elles sont communément associées à la Jamaïque, au rastafarisme et au reggae, les dreadlocks ont une originie bien plus anciennes. Certains historiens et archélogues affirment qu’elles existaient déjà en Égypte antique. Cette affirmation est cependant à relativiser puisqu’il s’agit d’interprétation picturale. En revanche, il est avéré qu’elles ont une existence millénaire. Les Sahdus, ces ascètes hindous les portent depuis toujours en hommage au dieu Shiva. Dans les écrits sacrés de l’hindouisme, une légende raconte que Shiva aurait calmé les ardeurs du Gange avec ses cheveux qualifiés de « jata », interprétés comme des dreadlocks. D’ailleurs « Jata »est un mot que l’on retrouvera plus tard dans le vocable rastafari. Mais alors comment les dreadlocks ont-elles traversé les océans pour débarquer en Jamaïque ? Il existe aujourd’hui deux versions sur l’arrivée des locks en Jamaïque. La première serait liée à l’arrivée de travailleurs hindous en Jamaïque dans les années 1930. La deuxième attribuerait cet arrivée à un hommage des rastas à la tribu des Mau-Mau. Une tribu Kenyane ayant lutté contre le colonalisme, élément fondateur du rastafarisme.
Une association au Rastafarisme
Une fois arrivée en Jamaïque, les dreadlocks sont reprises par les rasta comme attribut visible de leur spiritualité. Elles sont portées dans le campement séparatiste du premier Rasta, Leonard P. Howell dans les années 30 . L’attribut qui jusqu’alors rendait visible cette foi était la barbe longue, et bien que les dreadlocks ne soient pas portées par tous les rastas, elles vont devenir de plus en plus populaire dans le rastafarisme. Abubakar, acteur emblématique de la scène roots française, fondateur de la sono rouge et jaune mythique « Zion Gate Hifi« , disquaire chez Oneness Record rue Maréchal Joffre à Nantes, revendiqué rasta est revenu pour nous sur la signification des dreadlocks dans son rapport à la spiritualité.
« Il y’a une dimension un peu tellurique, un rapport à la terre certains parlent de racines mais c’est vraiment une perception des forces de la nature, des forces de l’univers qui sont liées à cette non-coiffure que sont les dreadlocks, ces mèches terribles »
De la Jamaïque au 4 coins du monde
En 1948, 500 caribéens arrivent en Angleterre pour reconstruire le pays détruit par la guerre. C’est la génération « Windrush ». Des personnes de Trinidad et Tobago, de la Barbade et de la Jamaïque s’installent durablement dans les quartiers de Brixton et Notting Hill. Des quartiers où la culture caribéenne est encore aujourd’hui plus vivante que jamais. Il faudra pourtant attendre la fin des années 70 pour que la culture jamaïcaine conquert le monde, et que les locks se connectent au quatre coins de la terre par la figure de Bob Marley, véritable icône qui portera sa voix, ses combats via la musique reggae, qui deviendra le véritable catalyseur des messages du rastafarisme. Le monde découvre une culture, une icône et avec lui les dreadlocks. Dreadlocks qui deviendront pour toujours associées dans l’imaginaire collectif à cette musique et ce mouvement spirituel.
« À travers Marley, il va y’avoir beaucoup de possibilité de se rattacher à son message, pour moi le point de départ de la popularisation des dreadlocks c’est vraiment lui. Marley ça va être le premier à aller faire des tournées au Japon, en Suède, en Espagne en France, aussi aux États Unis »
Philippe Muller, aka Papayatik, animateur de conférences sur l’histoire du reggae
Au delà des dreadlocks, le monde découvre les messages politiques forts que Bob Marley véhicule dans ses textes. La coiffure va alors devenir politisée et parler à la jeunesse du monde entier. Les altermondialistes vont récupérer cet attribut capillaire comme symbole de contestation de la société. La jeunesse occidentale des années 1980 va se retrouver dans ces messages antimilitaristes, anticolonialistes, anticapitalistes. Aujourd’hui encore les dreadlocks sont très visibles et revendiquées dans les mouvements anarchistes, altermondialistes.
Marginalisation et esthétisation
Marginalisées, stigmatisées, et renvoyées à leur image politique, les dreadlocks vont choquer la société bourgeoise et sont un vrais freins à l’embauche, et à l’intégration. Considérées comme « sales » « nonchalantes » et contestataires. Les mèches terribles sont de plus en plus portées dans un autre milieu contestaire, le hip hop des années 90. Portées par Lil Wayne ou encore Lauryn Hill, elles vont être récupérées par le showbusiness et même s’intégrer dans la pop culture par le biais de personnalités comme Shakira ou encore Lenny Kravitz. Elles sont même reprises par l’industrie de la modes et s’imposent sur le catwalk pour la présentation de la collection printemps-été 2017 de Marc Jacobs. C’est un tollé général, le créateur est accusé d’appropriation culturelle et de dénaturation du message lié aux dreadlocks.
Les mèches terribles se disciplinent, elles qui se laissaient vivre se coiffent désormais en salon ou à domicile avec un crochet pour les rendre « propres », « acceptables ». Les dreadlocks qui échappaient à tout esthétisation vont créer leur propre esthétique.
Spirituelles, politiques, esthétiques, les raisons de porter des dreadlocks sont aujourd’hui diverses. Au delà d’une simple coiffure, ces mèches terribles ont évolué en même temps que la société autour de nous.

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